Pourquoi devient-on marâtre?

Oui, pourquoi?

Je ne parle pas de « pourquoi on devient belle-mère », mais de pourquoi on devient « marâtre », c’est-à-dire conforme en tout point de vue à l’image du dragon de la belle au bois dormant, toutes ces figures du mal incarné et leur représentation telle qu’elle est ancrée dans l’inconscient collectif. Comment en arrive-t-on là?

Au début, amoureuse et pleine de bonne volonté, je pense qu’aucune femme normalement constituée n’est jalouse ou mal intentionnée à l’égard de la progéniture de l’homme. A moins d’avoir un Oedipe non réglé, de vieux traumatismes de jalousies frère-soeur, normalement, on est même plutôt contentes de ces pièces rapportées, et on a hâte de les rencontrer.

D’ailleurs, en général, au début, ça se passe bien. Enfin… si papa et maman on réglé leur conflits, que la séparation a eu lieu suffisamment longtemps avant, si les consciences sont apaisées…

Là où, en général, ça commence à merdouiller, c’est quand on habite sous le même toit, enfin… un toit ou la belle-mère a droit de parole. Car tant qu’on est en territoire connu, chez papa, encore une fois, ça peut très bien se passer. Sous le même toit, donc… En général, assez rapidement, les sales habitudes de chacun apparaissent. Les culottes sales qui traînent, la sale manie de manger en faisant des bruits de marcassin… Au début, c’est insidieux, on note et on oublie, puis on note encore, puis un jour on est de mauvaise humeur et ça nous gonfle. A fond. Et encore plus… Et arrive un jour où le beau-fils ou la belle-fille, on a envie de lui faire bouffer son smartphone saupoudré des ongles rongés qu’il/elle collectionne derrière le canapé du salon.

Ensuite, qui dit nouvelle maison, dit nouvelles règles. Nouvelles règles, qui peuvent, parfois, être à l’initiative de la belle-mère. Tout ça, ça bouscule les petites habitudes, et pour peu que les beaux-enfants soient ados, je peux vous dire qu’un rien suffit pour qu’ils se sentent très bousculés! Clash assuré, à très court terme!

Puis, il ne faut pas se leurrer, même si ça se passe bien, en apparence, même si la recomposition se passe dans une relative sérénité, on est assis sur une bombe. En permanence. Ca, il faut le savoir. Car les beaux-enfants, quoiqu’il se passe, auront toujours, et je dis bien TOUJOURS, le secret espoir qu’un jour, papa et maman se rendront compte qu’ils s’aiment encore, et se tombent dans les bras, avec des violons en fond sonore, et la marâtre qui hurle son désespoir, pendant qu’elle est aspirée par le camion à ordures qui passe par-là, tout ça sous le regard satisfait des enfants. Les enfants ne font jamais le deuil de papa-maman-ensemble, et pourront être très inventifs pour tenter de provoquer la grande réconciliation.

La marâtre, elle, aura beau faire tous les efforts du monde, être gentille, faire des gâteaux tous les jours et offrir le dernier i-phone au beaufils, elle restera toujours la briseuse-de-couple, la voleuse-de-papa, ou, plus prosaïquement, comme diraient les djeuns, la salope, ou la grosse teupu. Autant le savoir, et limiter dès le début les efforts/investissement affectif/cadeaux/attentions… Car le beau-fils ou la belle-fille, à l’approche de Noël, peut très bien se montrer subitement très proche, aimable et complice, et la belle-mère, dans un élan de gratitude incontrôlée, glissera un beau billet dans l’enveloppe, pour se retrouver, le lendemain de Noël, avec le bel-enfant qui lui crache à la gueule.

Mais surtout, surtout, le poison quotidien, insidieux et désespérant, qui est distillé dans les veines de la belle-mère pour la muer en marâtre, ce sont les petites pétasseries quotidiennes, les petits et grands coups fourrés, les tentatives plus ou moins réussies de semer la zizanie entre papa et son amoureuse. Un exemple rutilant de pétasserie quotidienne ici

Ces petites doses de poison, prises séparément, sont inoffensives, mais cumulées dans la même seringue, c’est l’overdose, le pétage de plomb. Le problème, c’est que le papa, lui, verra toujours le petit poison isolé, tandis que la belle-mère, elle, ressent, à chaque nouvelle piqûre de poison, l’effet de toutes les autres, amplifié… Un peu comme quand on est allergique aux puces, et que chaque nouvelle piqûre réveille les plus anciennes, et qu’on se gratte désespérément sur tout le corps. Et puis, un jour, l’overdose est là, on en peut plus. On ne les supporte plus. On leur en veut, à mort, et si on pouvait, on les foutrait tous dans une fusée avec aller simple pour la planète Mars.

Je crois que celui qui fait arriver ce moment fatidique, en définitive, c’est l’homme. Car au début, il est amoureux. Il prend notre défense, il nous soutient. Et puis petit à petit, on sent l’exaspération qui monte, les sourcils haussés quand on raconte la dernière saloperie de belle-fille ou beaufils. Putain… elle m’énervent les bonnes femmes avec leurs histoires de bonnes femmes. Et là, on se sent impuissante, rageuse, coupable aussi. Car on SAIT, que ça ne vaut pas la peine, que c’est qu’un tout petit détail de rien du tout. On s’en veut de donner l’impression de les détester, de ne dire que des choses négatives. On s’en veut de respirer, soulagée, quand ils se cassent le vendredi soir. On s’en veut d’avoir envie parfois qu’ils disparaissent définitivement. On s’en veut de ne pas être la belle-mère souriante, épanouie et aimée qu’on a fantasmé, mais bel et bien la marâtre aigrie et méchante, enfin, d’en renvoyer l’image.

Car les enfants, la société, n’attend que ça : pouvoir nous caser dans ce moule de belle-mère-marâtre qu’on nous a inoculé à force de contes, et pouvoir nous détester ouvertement et impunément.

Tant qu’on sera souriante, et surtout, qu’on se tait, les pétasseries continueront, inlassablement. Quand on montrera l’autre visage, là, les choses seront à leur place. Et la porte sera ouverte pour ces charmants chérubins pour se lier avec papa contre cette force maléfique qui a envahi la maison. Vade retro, marâtras!

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